Ouverture de l’écosystème informationnel : des content curators pour donner du sens ? [Web 2.0, curation]
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Le web est né d’une idée simple : rendre l’information disponible, partout, pour tous. En théorie, vaste chantier. En réalité, défi technique et technologique relevé –et brillamment résolu – par des dizaines d’années de recherche et de développement, ainsi que par la popularisation du haut débit.
L’avènement du web 2.0 qui a marqué la décennie passée à ajouté une donnée : rendre l’information disponible, partout et pour tous, mais aussi permettre à chacun d’être un producteur d’information, de façon simple, intuitive, et en étant à même de partager cette information avec son réseau, ou mieux, au monde. De là à considérer que le web social constitue en lui-même la somme des intelligences individuelles, il n’y a qu’un pas. Mais a-t-on atteint pour autant l’intelligence collective ?
Aujourd’hui, la force des medias sociaux réside dans la faculté qu’a chacun à faire partager à son réseau un contenu qu’il juge pertinent ou pour être plus générique, digne d’intérêt. La reprise de ce contenu et sa propagation au réseau crédibilise le contenu aux yeux du grand public, de la masse, que cela soit au travers du nombre de fois où un contenu a été visionné, partagé sur un réseau social, « aimé », twitté, etc.
Fort logiquement, devant l’engouement du grand public, des medias et de l’économie pour ces nouvelles manières de consommer l’information - et pour faire un parallèle avec le secteur de la grande distribution : de la transformation du consommateur en consommacteur – les entreprises et administrations prennent désormais au sérieux l’utilisation des nouvelles technologies dans leurs démarches stratégiques, aussi bien en interne qu’en externe : présence sur les réseaux sociaux grand public, réseaux sociaux d’entreprise, co-design de produits et services au travers de plateformes conversationnelles, les exemples et usages ne manquent pas.
Cependant, l’accès à l’information fait aujourd’hui face à un nouveau défi : l’information la plus visible, celle relayée par des centaines de milliers – de millions – d’internautes, celle qui fait le buzz, est-elle nécessairement la plus pertinente ? Car si l’utilisation du réseau permet, entre autres, un désengorgement des boîtes mail, elle ne garantit pas pour autant un accès à une information fiable et/ou pertinente.
Si l’on se place du point de vue de l’observatoire de tendances, les phénomènes de buzz et leur répercussion sur les différents medias sociaux sont de formidables outils de décryptages. C’est ainsi que certaines plateformes comme Tweetmeme, Wikio, ou dans une autre mesure Google News, ont commencé à remplir la fonction de content curators. La curation, qui se situe au-dessus du community management dans la pyramide de gouvernance des typologies de profils sur les medias sociaux, désigne l’action de digérer, filtrer, sélectionner et redistribuer l’information, et ce afin d’orienter les internautes dans leur quête d’information. Basées sur des algorithmes mesurant et classant la popularité de sujets ou de thématiques, puis offrant l’accès par liens, voire snapshots, à des contenus plébiscités, ces plateformes restent néanmoins confrontées à la question de la pertinence : un contenu peut être populaire et demeurer faux, incomplet, inexact ou partial. Et pourtant diffusé au plus grand nombre par la popularité rencontrée par les medias sociaux.
Une nouvelle ère, dans le principe de curation est ainsi en train de voir le jour : la fonction de content curator assurée par des…. humains ! En d’autres termes : éditorialiser les contenus relayés, afin de leur offrir du sens, pertinence, cohérence et contexte, sur une ou plusieurs thématiques. De nombreuses plateformes, Storify, Scoop.it ou Pearltrees pour ne citer qu’elles se sont ainsi lancées ces derniers mois dans l’exploration du concept. La parole y est donnée à des individus éditorialisant l’information consommée et agrégée pour y apporter du sens et un certain regard, et diriger l’internaute vers une multitude de sources de contenus sous la garantie d’une certaine approche, d’une certaine logique d’ensemble. Ne garantissant pas l’impartialité ? En effet, mais avec l’assurance de pouvoir trouver plusieurs content curators ayant des angles différents sur une même thématique, et y compris sur des sujets pointus (et par conséquent pas forcément visibles lorsqu’on utilise les plateformes algorithmiques traditionnelles).
L’éditorial, qu’aucun algorithme ne gère à ce jour, semble donc revenir au cœur des préoccupations. Devant la profusion d’informations permises par l’ouverture du web à ses utilisateurs (web 2.0) et la mise en réseau de ceux-ci, le besoin de sens se fait à nouveau ressentir.
De là à imaginer que la problématique se posera également dans l’écosystème digital élargi de l’entreprise, il n’y a qu’un pas : RSE, plateformes de crowdsourcing, intranets collaboratifs, social CRM, l’Entreprise 2.0 offre de nouvelles et innovantes possibilités en termes de partage de la connaissance, permettant ainsi de matérialiser et de capitaliser sur les savoirs individuels. Si l’Enterprise Content Management (Gestion Electronique Documentaire en français) apportera des réponses sur la conservation des données, leur mise à disposition au travers d’outils, on se retrouve encore et toujours confronté à la question du sens. Avec le développement des usages, la multiplication des contenus, jusqu’à leur profusion (la place gagnée en profusion d’informations dans les boîtes mail se répercutera inévitablement sur le réseau), le besoin de trouver du sens finira par émerger. La mise en place de content curators « internes » pourrait donc être une solution à cette quête de sens, composante essentielle à la mise en place d’une démarche d’intelligence collective.
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