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mai 27
2009

Regard sur la créativité

Posté par patrice.letourneau dans Innovation

Toujours à l'écoute de ses partenaires universitaires, VOIRIN Consultants maintient  une multitude de dialogues sur des questions permettant d'alimenter des pistes de réflexion. Dans un contexte économique difficile où la destruction de valeur devient une menace réelle, il est sain de s‘interroger sur la résilience ou le rôle de la destruction au sein de processus de créativité. Un collaborateur universitaire a publié un article fort intéressant sur le sujet. Nous en publions ici un extrait.       

 

 

La destruction précède la création

 

Détruire. Puis créer. Encore et encore. L'Homme naît, puis meurt, les organisations aussi. C'est ainsi que des cendres de la destruction renaissent de merveilleuses créations. Mais que cela veut-il dire, en cette heure de crise mondialisée, où même les fleurons de notre économie nationale doivent eux aussi licencier?

 

L'obligation de produire, et de préserver l'état du monde à un niveau productif donné, n'aliène-t-elle pas la passion de créer ? Notre peur de la récession nous empêche-t-elle d'accoucher de grandes nouveautés ? Cette ère de préservation du corps et des structures est-elle compatible avec cet impératif créatif, crié sur tous les toits par les instances publiques, les groupes et laboratoires de recherche? Ne devons-nous pas d'abord accepter notre finitude - et celles de nos organisations - avant de nous faire les gourous d'une nouvelle société du savoir, de la connaissance et de la création ? Ne faut-il pas rejeter les anciennes valeurs pour en fonder de nouvelles ?

Dans la mouvance dite évolutionniste de la science économique, l'idée d'une création de valeur, souvent présentée sous la forme d'un progrès, est décrite comme correspondant à ce que Schumpeter nommait « destruction créatrice ». En philosophie, on trouve aussi chez Nietzsche cette idée d'une création dépendante de la force destructrice. Chez ce dernier, l'homme noble est créateur de valeurs : il se crée lui-même en s'anéantissant lui-même. Il détruit les valeurs pour en fonder de nouvelles. Lorsqu'il proclame la mort de Dieu, Nietzsche propose que l'homme puisse, par la destruction créatrice, tendre vers le Surhomme. Des parallèles criants peuvent être établis avec l'idée contemporaine d'innovation industrielle.

Ainsi, crier la créativité est insuffisant : il faut de la folie, du chaos, de la diversité, certes, mais de la destruction, aussi. Une destruction qui, comme l'ont montré les événements strasbourgeois d'avril (manifestations et casse anti-OTAN), ne serait fondée que dans le nihilisme ou l'anarchisme, ne mène à rien, car la destruction, si elle est une condition sine qua non à la création, ne mène pas nécessairement à celle-ci. Il faut donc repenser la créativité, la vraie, celle qui s'arroge mal d'une peur intrinsèque de la décroissance momentanée, d'une récession, soit-elle violente et irréversible. La récession est non seulement bénéfique, elle est nécessaire. Les craintes de ceux et celles qui cherchent à tout prix à éviter cet état des choses sont plutôt celles de l'homme « bon et juste » qui, par son apitoiement et sa volonté de préservation, nous mène directement à la fin de toute forme d'innovation. Ce sont, étrangement, souvent ceux et celles qui risquent le plus d'y perdre qui prêchent pour ce « conservatisme » économique, où on « interdit les licenciements » par souci d'inertie sociale.

La destruction créatrice, si on l'invoque, doit donc être conséquente. Il faut cesser de la penser dans un optimisme béat et entrevoir comment son antithèse de manière humaine, positive, et orientée vers l'avenir, peut nous permettre de penser l'entreprise de demain. 

Un texte de Francis Gosselin

Doctorant en économie à l’Université de Strasbourg

Rédacteur-en-chef de La Gazette Cournot

gosselin@unistra.fr | 06.08.30.85.30 

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