SMART CITY, épisode 8 : Un jeu d’acteurs



La ville intelligente se traduit par toute une dynamique d’interactions entre le physique et le virtuel qui peut potentiellement redéfinir le fait urbain mais dont on saisit encore difficilement les implications à ce jour.

Notre conceptualisation nous amène finalement à repenser le rôle des gouvernements dans le fonctionnement de la ville qui tend à avoir peu d’influence sur les autres acteurs dont le positionnement est inévitable du fait de leur offre de services ou leur usage.

Le schéma ci-dessous représente la position des collectivités territoriales, d’une part contraintes par les forces de marché et d’autre part par les forces de polarisation liées à l’usage des plateformes web. Dans ce cadre, son positionnement ne doit plus être hiérarchique mais un nœud central dans un réseau de relations qui émane des forces en présence. Pour reprendre le concept de Callon (1986), les collectivités territoriales doivent se positionner comme un point de passage obligé de ces relations afin de s’adapter au mieux aux trajectoires imprévisibles émergeant des facultés d’auto-organisation de la ville mais aussi de constituer un puissant levier afin d’aligner les incitations et intérêts des acteurs du réseau.

Positionnement des collectivités territoriales

Ce positionnement dépendra en grande partie des objectifs stratégiques de la ville. Il s’agit en effet de mettre en adéquation ce positionnement selon les objectifs à atteindre. Sur ce point, il est important de mentionner que les postulats de la smart city, dans un tel contexte, sont à revoir. Premièrement, la résolution des problématiques urbaines ont peu de chances d’aboutir seulement par l’optimisation des infrastructures urbaines. Par exemple, l’un des résultats solides sur la circulation routière est que si celle-ci est améliorée, cela tendra à attirer plus de conducteurs, le coût du trajet devenant plus faible que les alternatives et ce, jusqu’au point où le temps de trajet redevient équivalent à la situation précédente (Duranton et Turner, 2009).

Un autre exemple est celui de la consommation énergétique qui dépend au final crucialement des incitations des consommateurs à réduire leur consommation et non de la mesure de la consommation en tant que tel. En outre, si effectivement la consommation d’énergie baisse, les ressources économisées peuvent être réallouées dans un usage consommant autant, si ce n’est plus d’énergie. Ainsi, il est essentiel de reconnaître ces limites, qui dépendent pour une bonne par des comportements humains et de la divergence entre l’optimum individuel et l’optimum social.

Si certains domaines peuvent être effectivement optimisés avec un gain net très probable, comme l’éclairage public par exemple, dans les autres domaines, la ville et sa gouvernance doivent se positionner entre les forces de marchés et les forces sociales afin d’inciter au meilleur comportement collectif. Nous pouvons citer le vélib comme exemple de réussite sous cet angle. Il cristallise en effet un ensemble d’éléments entre les forces de marché (offre alternative innovante), un modèle d’affaire attrayant (location à la journée, au mois ou l’année), un compte Twitter permettant de polariser et centraliser les relations et la représentation cartographique des Vélib disponibles. Cet ensemble a permis d’aligner un ensemble d’incitations aboutissant à la réussite de projet.

Cette analyse nous permet au final de proposer une nouvelle grille de lecture de la smart city que nous avons synthétisé par le schéma suivant :

Cadre d’analyse d’une stratégie smart city

Ces premiers résultats demandent encore à être approfondis et de nombreuses questions restent ouvertes. Il est notamment nécessaire de comprendre comment l’ensemble des services d’une smart city établissent des liens d’interdépendances entre les usages, les incitations et les comportements collectifs. C’est l’une des particularités principales du phénomène urbain à l’heure des Big Data et des plateformes d’interactions. Cependant, cela ne pourra être réalisé que par la formalisation des mécanismes fondamentaux qui régissent les flux d’informations et les flux sociaux.