Confinement et collaboratif : retour sur une réorganisation express à grande échelle

@storyset (21)
16 avril 2020

Alors que s’achève le premier mois de confinement, l’heure est venue de faire un bilan des modes de travail et de fonctionnement qu’ont pu ou su mettre en place les organisations et entreprises en France pour faire face à un défi sans précédent : maintenir – quand cela s’est avéré possible – l’activité à distance.

S’il est évident que toutes les activités n’ont pu être maintenues à distance, les organisations ont réagi pour (tenter de) s’adapter au mieux à ces circonstances particulières. Premier tour d’horizon d’une France du télétravail de masse (et d’urgence), avec deux défis majeurs et préalables à toute tentative de télétravail : l’équipement et les outils.

EQUIPER…

La semaine dernière, capital.fr dénombrait près de 200 000 fonctionnaires travaillant à temps complet depuis leur domicile, contre 50 000 à la mi-mars. La capacité de télétravail a donc été multipliée par 4 en moins d’un mois, ce qui traduit une adaptation plutôt rapide à de nouveaux modes de fonctionnement, couplée à une dotation assez rapide en termes d’équipement. Au micro d’Europe 1, Nadi Bou Hanna, à la tête de la Direction interministérielle du numérique (Dinum), explique : « Les services informatiques de l’État ont essayé de doter un maximum d’agents des outils nécessaires pour maintenir le service public dans la forme la moins dégradée possible ».

En effet, le télétravail suppose un minimum « d’outils », dont le premier et non le moindre est le poste de travail. S’il est possible, dans certains cas, d’accéder à distance à sa boîte mail ou à une plateforme de travail en ligne, ce n’est pas toujours le cas (pas d’ouverture de VPN par exemple) ; il a donc fallu un peu de temps aux organisations pour « ouvrir » les canaux et équiper en conséquence les agents et employés.

Cette question de l’équipement est fondamentale ; s’il est théoriquement possible de faire travailler à distance un nombre important de métiers, la réalité est souvent plus complexe. Ainsi, un game designer ou un dessinateur industriel ne peuvent se contenter d’un ordinateur portable (lequel n’est souvent pas assez puissant et/ou ne dispose pas des licences logicielles nécessaires). On a vu, dans les premiers jours de la pandémie, un nombre important d’employés quittant les locaux de leur entreprise, emmenant avec eux tours et écrans afin de pouvoir travailler depuis leur domicile. Toutefois, tous les employés et agents ne sont pas logés à la même enseigne ; ainsi, Europe 1 indique qu’à Bercy « 24.000 agents du ministère sont chez eux mais sans possibilité de télétravail, soit parce que leur poste ne le permet pas, soit parce qu’ils n’ont pas un bon réseau Internet ». Le son de cloche est similaire dans l’Education Nationale, où certains enseignants déplorent un manquent d’équipement (aussi bien du côté des élèves que des enseignants).

Ce constat pointe d’autres disparités qui se font sentir lorsqu’il est question de télétravail ; en dehors de l’équipement matériel à proprement parler, le télétravail suppose également que l’agent / l’employé dispose d’une « infrastructure » personnelle lui permettant de travailler ; comment faire sans connexion Internet adaptée ? Ou comment concilier vie de famille et télétravail ?

… ET OUTILLER

Parallèlement à l’équipement « matériel », les entreprises et organisations ont également du trouver et/ou déployer des outils transversaux, permettant de faire le lien entre leurs équipes ou vers l’extérieur.

Dans l’éducation, ce sont 870 000 enseignants du secondaire qui tentent de relever le défi de faire cours à distance. Certains outils existaient préalablement mais n’avaient pas été dimensionnés pour supporter une telle affluence. Ainsi, pour pallier les dysfonctionnements des ENT (Espaces Numériques de Travail), saturés sur certaines plages horaires, nombre d’enseignants ont retrouvé leurs élèves sur Discord. Ce logiciel de VoIP, initialement conçu pour les communautés de joueurs en ligne (et qui a rapidement gagné en popularité auprès d’autres publics) permet depuis le début de la pandémie d’animer des cours en ligne. Saisissant l’opportunité au vol, Discord a réagi rapidement en publiant un guide détaillant le processus de création d’une classe virtuelle.

Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres pour illustrer les solutions qu’il a fallu trouver et mettre en place dans l’urgence. Ainsi, les entreprises n’étant pas largement dotées d’outils dits « collaboratifs » ont commencé à chercher des solutions en attribuant, par exemple, de nouvelles licences Microsoft Teams ou en déployant des outils de travail collaboratif. Le 22 mars dernier, Le Monde notait « un essor massif des outils de télétravail » en réponse à la crise sanitaire qui ne faisait alors que commencer.

On a alors assisté à l’avènement forcé du « tout à distance », de la visioconférence (avec Google Meet ou Jitsi, par exemple) aux fils de discussion thématiques sur Slack. Et cela se traduit concrètement ! Fin mars, Slack comptait 7 000 clients payants de plus que début février. Zoom (outil de visioconférence) notait un chiffre d’affaires en hausse de 78 %, et Klaxoon, start-up française offrant des salles de réunions virtuelles, relevait cinq fois plus de demandes qu’en temps normal.

ET APRÈS ?

L’un des nombreux défis de la période post-crise sera de savoir quelle(s) leçon(s) nous pourrons tirer de cette conversion à marche forcée au numérique, au télétravail et aux modes collaboratifs.

Depuis les premiers jours du confinement, fleurissent sur Internet de nombreuses blagues sur le télétravail ; si elles sont pour la plupart innocentes, avec pour seule volonté de faire sourire, certaines n’en demeurent pas moins l’expression d’un retard réel en matière de télétravail en France. Les efforts faits durant cette période doivent donc constituer le point de départ pour initier ou poursuivre une réflexion approfondie sur le télétravail et le mode collaboratif.

Par Galadriele ULMER

Sources :

  • Image d’illustration @storyset
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